association française des arts et techniques du son

 

A.R.T.S.

Sur la plupart des Sites que j'ai consultés ce schéma n'est présenté que "brut de décoffrage" et souvent sans l'alimentation , voici donc une transcription (malgré tout raccourcie...)de l'article de Marcel Roggero parue dans l' Audiophile n° 32.

"Philosophie" du projet, et quelques réflexions

(...)Parmi les innombrables montages mono-triode existants, du point de vue des résultats subjectifs obtenus rapportés à la simplicité du schéma ( mais non à la qualité de la réalisation concrète ) le couple WE310A en pentode d'entrée suivi du 300b en triode de sortie, s'est à juste titre taillé une réputation universelle.

Diverses variantes demeurent proches du schéma original : citons par exemple le remplacement du 310A (ou équivalents proches 310B et 348A) par une pentode plus récente : 6SJ7 ou équivalents professionnel 6SJ7-Y et 5693 . Les tubes européens spécialement conçus pour l'amplification B.F. EF86, 6267, EF806s, ou encore E80F, etc... le WE310A demeurant subjectivement classé "une courte tête" au dessus de la mêlée.

D'autres schémas à tube 300B font appel, en étage d'entrée, à des triodes : soit montées conventionnellement (liaison R-C ou directe), soit en SRPP. Ce qui contraint généralement à envisager trois étages pour conserver du gain.

Quelquefois un tube à charge cathodique est inséré avant le300B en sorte de l'exciter sous basse impédance : montage intéressant lorsqu'il s'agit d'étendre la bande passante vers le haut du spectre.

a propos du WE 310A, nous oserons dire ( mais ce point de vue est personnel)qu'à part ses qualités subjectives reconnues, cette pentode n'est pas dépourvue d'inconvénients . Sans que ce tube relativement ancien (mais remarquablement conçu) puisse être qualifié de dépassé du point de vue des caractéristiques électriques citons dans l'ordre :

Notre ampli mono-triode de 20/25W sera donc basé sur le couple classique WE310A et 300B, ce dernier excitant un troisième étage constitué d'une triode de (relativement) forte puissance, en liaison directe.

Choix du tube de sortie

(...)parmi les triodes de puissance, la 845 compte parmi celles dont les caractéristiques sont les plus linéaires, égalant sur ce point celles de la 300B. Cette linéarité lui est en quelque sorte "naturelle", elle résulte de sa conception : grille à pas très espacé et absence de recherche d'une grande sensibilité, forte réserve émissive de la cathode (filament), coefficient d'amplification fort bas (5 à 5,3 selon documents).

(...)Le tube 845 est un tube à haute impédance :

Il faudra porter une grande attention à l'échauffement considérable que produisent les 845 ou 211 en fonctionnement . Un certain nombre de précautions de montage mécanique , de disposition d'éléments devront garantir une excellente aération par convection naturelle. Sans compter l'éloignement prudent des composants sensibles (condensateurs).

Avec une dissipation de 100W permanents et une anode en graphite à "volant thermique" élevé, nous avons là un tube électriquement robuste, parfaitement construit, à durée de vie présumée longue s'il fonctionne à régime modéré.

Un filament de 10V sous 3,25A imposera impérativement une alimentation en courant continu, au surplus bien filtrée. Ce point devient d'autant plus sensible que l'ampli descendra bas dans le spectre et sera couplé à un H.P. à haut rendement : il faudra redouter le bruit de fond à 50Hz. Ne pas espérer, en alimentant ce filament en alternatif, trouver par le biais du traditionnel rhéostat/parallèle le "point milieu" parfait éliminant le ronflement. Le même problème subsistera au niveau de l'étage précédent (300B) à alimenter aussi en continu, son ronflement résiduel en alternatif (même avec rhéostat/point milieu réglé au mieux) se retrouverait amplifié en sortie...

Au sujet des filaments pour chauffage direct en tungstène thorié : il ne faut pas perdre de vue qu'ils exigent une tension nominale précise (+ ou - 2,5%) après un allumage progressif, puis une mise en chauffe jusqu'à température de fonctionnement (quelques minutes),avant l'application de la HT d'anode. Ce point est souvent négligé, mais concourt à la durée de vie du tube. Plus le tube est puissant , mieux il faut respecter ce processus.

Matériel et composants

(...)Un amplificateur à tube final 845, réalisé sans concession en vue de tirer de ce tube la quintessence subjective, est fort exigeant en matériel, encombrant et lourd.

Ne serait-ce qu'au niveau de l'alimentation , il faut envisager une HT entre anode et cathode (filament) de 1000V ou peu s'en faut, pour obtenir la puissance de sortie envisagée. Si le tube est monté en polarisation automatique à 100%, il faudra ajouter environ 150V, à moins que l'on adopte comme nous l'avons fait une polarisation mixte,voire entièrement fixe sur la grille, cette dernière solution étant peu sûre. Le débit moyen du tube, selon réglages est inclus entre 65 et 90 mA, ce qui conduit à un transformateur d'alimentation prévu pour 850V( deux fois pour redresseur va-et-vient à valve) sous un débit de 200mA minimum.

Les inductance de filtrage et les condensateurs doivent être garantis pour 1,5kV/service minimum avec une importante marge de sécurité. Se méfier des condensateurs chimiques montés en série, que nous avons personnellement bannis.

Le câblage également, ne s'accommode pas de fil ordinaire généralement prévu pour 380V/service.. Y compris le câble "lify" Leonsche. Il existe dans le commerce du câble souple multibrins isolé sous silicone, résistant aux hautes températures, et donné pour un isolement de 3kV/service : à utiliser impérativement à ce poste.

Attention aux accidents!! Ces tensions sont extrêmement dangereuses et encore plus la décharge brusque d'un condensateur de filtrage de forte valeur sous un tel potentiel.

L'ampli doit être réalisé "professionnellement" de sorte que ces tensions, une fois le châssis ou le coffret clos, soient absolument inaccessibles.

Le point délicat avec un tube 845 est la recherche d'un excellent transformateur de sortie, qui doit concilier les problèmes de bobinage, d'isolement, de couplage, de bande passante, et de rotation de phase, sous haute impédance de charge d'anode. Notre choix s'est fixé sur le Tango type X-10-S . Ce transfo, d'un poids de 8 kg est normalement prévu pour une charge d'anode de 10.000 W

Ceci nous conduit à adopter pour la 845 les réglages suivants : HT nette entre anode et cathode 1000V, débit d'anodique 65mA à ajuster ensuite par la polarisation (-155V, mais en pratique -140/-135V avec des 845 RCA). En fait, les valeurs ne sont guère critiques, si ce n'est le rapport N de transformation du transfo de sortie.

Un autre point délicat consistera à choisir d'excellents condensateurs de liaison (du premier étage 310A au deuxième étage 300B).(...)

Schéma et Réglages

Nous avons donc affaire au traditionnel montage 310A et 300B, sa seule particularité consistant à charger l'anode de ce dernier par résistance et à l'alimenter en "négatif" côté cathode / "positif" côté anode, de façon à créer à la fois une liaison directe à la grille du 845 final et une polarisation directe partielle de ce dernier. Le complément de polarisation étant assuré par résistance dans le retour de cathode, ce qui garantit suffisamment ce tube en cas de défaillance de la partie fixe.

Commencer par régler les potentiels des filaments à leur valeurs exactes, les HT étant coupées. Les HT (après vérification méticuleuse du montage) peuvent ensuite être appliquées avec prudence : au niveau de 310A d'entrée, aucun problème. Lors des premiers essais de mise sous tension des 300B et 845 nous nous sommes servis d' un Variac pour appliquer très progressivement ces HT, avec de nombreuses vérifications intermédiaires des tensions, des débit et des polarisations résultantes. On en arrive ainsi aux valeurs nominales. A ce stade, il faut régler la polarisation de l'étage final 845 par ajustement fin de sa résistance de retour de cathode, afin d'obtenir un débit de 65mA(+/- 1mA).

(...)Une fois le tout soigneusement réglé et vérifié, une première satisfaction apparaîtra : le montage est parfaitement stable sur le plan de l'équilibre des tensions et courants.

Nous réitérons nos recommandations de prudence à l'égard des tensions importantes mises en jeu : lors des essais , attention ne travailler que d'une seule main.

Cet ampli fonctionne fort bien sans contre-réaction. Toutefois, un léger taux (5,5 dB avec les valeurs indiquées, à ajuster) est préférable. Le transformateur de sortie X-10-S , de haute impédance primaire, donc avec une inductance primaire considérable (80H sous 70mA) est "nerveux"(!) et produit une surtension importante. Les signaux rectangulaires (sur charge résistive non inductive) présentent sur les fronts montants et descendants un léger pic d'une brièveté surprenante (sans conséquences subjectives). Un léger taux de C.R.,dont il ne faudra pas exagérer la valeur afin de ne pas altérer le temps de montée : 330 pF maximum , à ajuster.

Tous réglages optimisés, sur le plan électronique, l'ampli est inconditionnellement stable : il refuse d'osciller avec la C.R. inversée ; il faut carrément court-circuiter la résistance de C.R. pour qu'il consente à se bloquer. Le montage est également indifférent à la nature de la charge de sortie quelle qu'elle soit, même une capacité de forte valeur.

Améliorations possibles ou... simplifications

Les alimentations en courant continu des trois fillaments gagneraient à transiter par des régulateurs de tension ( en boitiers TO 03 ou TO 220 ) , éliminant tous les problèmes de filtrage ou imprecision des potentiels. Les rhéostats/points milieux des 300B et 845 ne sont pas indispensables en continu, il est possible de leur substituer une paire de résistances.

L'ampli s'averant sensible, il pourrait être envisagé de moins charger l'anode du 310A d'entrée : 47/50kW au lieu de 90. la bande passante dans le haut du spectre y gagnerait quelque peu.

Pour les réalisateurs redoutant la résistance interne des valaves à vide, il pourrait être envisagé de doubler la 5R4-WGB alimentant la 845 . Même remarque pour la 5Z3 alimentant la 300B, on pourrait lui substituer une valve à haute pervéance, telle la GZ34. Bien qu'à notre sens, la priorité d'une grande réserve de courrant instantané au niveau de la capacité terminale de filtrage soit évidente.

Au niveau de la simplification, il pourrait être éventuellement justifié de gagner du poids, en réduisant les cellules de filtrage à une seule au lieu de deux aux niveaux 300B et 845, tout en conservant les capacités terminales de valeur élevée.

Une simplification radicale consiste à renoncer à la liaison directe 300B / 845, au prix d'une liaison RC supplémentaire. Ce qui conduit alors à un schéma des plus classiques...ainsi qu'à la possibilité de n'utiliser qu'un seul redresseur HT, duquel sont dérivées les tension des trois étages.